jeudi 29 octobre 2015

LE VODUN THRON A L'ERE DU MODERNISME



                               Syncrétisme religieux ou mimétisme                


                                                                      

loge de la divinité thron kpeto deka alafia
La religion primitive du royaume  du Dahomey actuel république du Bénin est le culte des vodouns. Malgré la colonisation et l’influence des religions occidentales, plus de 500 divinités y sont toujours représentées). Le vodoun, qui fait partie des religions endogènes,  occupe une place de choix au point que le gouvernement, en 1992, sous l’impulsion de l’ancien Président béninois, Nicéphore Soglo a déclaré le 10 janvier, fête des religions traditionnelles, désormais férié. Au nombre de ces divinités le thron kpéto déka alafia.


                                 ORIGINE DU THRON 

Selon sokenou, un prête du Thron Kpeto Déka Alafia,
le Thron incarne l’esprit d’un homme mystique appelé Mama Séïdou. Son origine serait inconnue. Cet homme, dont l’histoire raconte la bravoure, aurait délivré les habitants de la Mecque en Arabie Saoudite, d’un esprit maléfique incarné par un caïman. Il disparu puis réapparu dans plusieurs pays d’Afrique. Le dernier serait le Ghana. Il a été introduit au Bénin il y a environ quatre décennies. On retrouve désormais  ce fétiche dans presque tous les départementsdu pays.


Regard du béninois par rapport au Thron Kpeto Déka Alafia

 Le Thron Kpéto Déka Alafia est une ramification de la divinité thron. Ses adeptes se reconnaissent à leurs accoutrements : le port du blanc, l’usage des perles, de la poudre et du parfum. L’avènement de la fête des religions traditionnelles aura permis à plus de Béninois de connaitre ce fétiche et d’apprécier ses manifestations.
      Yémalin Adantotodé est médécin,  né dans une famille ou se pratique le thron. Il a longtemps étudié en Europe.
Selon ce médecin, la tradition en elle-même n’est pas mauvaise, mais ce sont les hommes qui en font parfois un mauvais usage. L’oracle, le FÂ, qui est le canal de communication entre ce fétiche et ses adeptes peut même rendre service a la science. Selon lui, la pratique du thron n’est forcément fanatique et peut accompagner la médecine : il lui arrive de consulter le fâ avant une intervention délicate.

Alvine .C est étudiante. Elle a des amies adeptes du Thron Kpéto Déka Alafia.
C’est beau de suivre les  rituelles de chants et de danses dédiées à cette divinité mais en être une adepte serra forcement contraignant .Le thron à des interdits stricts surtout en ce qui concerne la femme en menstrues, mise à l’écart pendant toute cette période, elle ne doit pas s’assoir au même endroit que les autres adeptes ou membres de sa famille, ni puiser de l’eau ou préparer à manger même pour ses enfants. Pour elle c’est une discrimination qu’elle ne peut tolérer dans une religion

  Selon Hounon gbènahin, prête du thron, le Vodoun  Thron Kpéto Déka Alafia est le fétiche du  Bonheur. Il symbolise la patience et le courage. Les béninois doivent sauvegarder leur richesse culturelle aux dépens d'autres cultures  qui ne font qu'arriérer le continent africain
Le Thron Kpeto Déka Alafia et les religions importées

Le Thron selon ses adeptes lutterait contre les mauvais esprits, l’envoûtement, l’empoisonnement et la sorcellerie. Le Thron serait un intercesseur entre Dieu  et les hommes. Son histoire se rattache à celle des grandes religions : l’islam et le christianisme.

    Le Thron Kpeto Déka Alafia et l’Islam

Les adeptes du Thron comme les musulmans et comme Mama Séïdou,  qu’ils considèrent comme 7ème prophète de son époque, observent le Ramadan ou l’Aid El filtr, les 30 jours de jeûnes fermes, avec au moins deux prières par jour, et la fête de la Tabaski ou l’Aid El Kébir où ils immolent le bélier en sacrifice (holocauste), un rituel tiré de la tradition israélite. Pour les dignitaires du Thron, le Ramadan permet une purification, une sanctification des adeptes et est considéré comme un jour de grâce, d’où l’obligation de l’offrande et du partage du bélier avec les pauvres.




Le Thron Kpeto Déka Alafia et le christianisme

De plus, à l’image des chrétiens qui célèbrent  la nativité du Christ, les 24 décembre au soir dans les Eglises et les temples, les adeptes du Thron exécutent une prière spéciale sur quelques places publiques. Ces Cérémonies  dites ‘’HONTO’’ chez les  GOUNS, une ethnie du sud du Bénin  est dénommée de façon générale  Christmas chez les adeptes. Selon Djossou Métonou, grand prêtre Thron Kpeto Déka Alafia, ce rituel  marque le début d’une  année nouvelle pour l’adepte, c’est un jour  idéal pour confesser  ses péchés, faire le  bilan de sa vie afin de recevoir des énergies positives.




Le Thron Kpeto Déka Alafia vers un syncrétisme religieux.

La coexistence entre les différentes religions au Bénin est pacifique. Même si le vodoun est pratiqué par une frange importante de la population, il n’en demeure pas moins que son concept échappe au citoyen moderne du fait des mythes qui entourent les rituels pratiqués. Aujourd’hui, certains chefs religieux, les plus malins, cherchent à se positionner sur le marché des croyances endogènes dans le contexte de la mondialisation. Ainsi, l’ouverture au monde et une influence des religions importées donnent un métissage des pratiques dans des couvents du Vodoun. Le thron Kpeto Déka Alafia en est un exemple. Dans certains temples  au sud du Bénin, on célèbre tous les dimanches à la manière des chrétiens, un culte à l’esprit thron.

A Dowa, dans un quartier de Porto-Novo, la capitale du Bénin, K.Sèdjro assiste au culte dominical thron. Les femmes assises d’un coté et les hommes de l’autre attendent le maitre de cérémonie. Soudain, le kpindjigan (le responsable de l’autel) annonce sa venue. Le culte démarre alors selon un ordre précis : la rémission des péchés, la prédication, la prière universelle, la communion avec le partage des colas et la quête. Tous ces différents moments entretenus par les mélodies d’une chorale.   

Pour K.Sèdjro, ce syncrétisme religieux vise à protéger la jeune génération des adeptes de  l’influence des cultures occidentales, surtout en milieu urbain. Une influence qui amène les jeunes à se convertir à l’islam ou au christianisme. Les dignitaires ont donc trouvé des moyens modernes et moins contraignants d’adorer le thron kpeto deka alafia. Ils essayent d’expliquer l’importance du  thron, afin d’éviter les amalgames dont leur culte est l’objet. Ils s’efforcent donc d’en mettre en avant l’utilité et les bienfaits. Ils expliquent la spécificité de leur divinité. Il est plus commode  pour les pratiquants d’aller dans les temples habillés soit en tenues traditionnelles, soit en tailleur. Cette tolérance de la modernité dans les temples du thron kpeto deka alafia semble dissiper la crainte des curieux qui vont à la découverte de cette divinité.  
En 1992, la religion traditionnelle était la plus répandue au Bénin Le recensement de 1992 estimait la proportion des adeptes du Vodoun à 35% de la population. Mais la stigmatisation dont sont victimes les adeptes, du fait de la diabolisation de certains de leurs rituels ont amené beaucoup d’adeptes à se convertir soit au catholicisme ou à l’islam. Ainsi sur un recensement général de la population effectué en 2002, les adeptes des religions traditionnelles représentent 23.3% de la population. Ils viennent en 3ème position derrière les catholiques et les musulmans, qui représentent respectivement 27.1% et 24.4 % de la population. Distancée par les religions dites importées, les cultes traditionnels semblent traverser une crise socioculturelle ou identitaire surtout en milieu urbain. Ce syncrétisme religieux qui prend de l’ampleur, dans des temples vodoun ne va-t-il pas vider la religion traditionnelle de son contenu ? Suffit-il d’un syncrétisme religieux pour maintenir la jeune génération des adeptes du vodoun dans la tradition ?  .

         


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